Vers une généralisation des tests capillaires pour les restitutions de permis de conduire ?

19 septembre 2013Carl (Admin) Commentaires fermés

Depuis l’instauration de l’éthylotest et – plus récemment – du test salivaire, de plus en plus d’automobilistes français conduisant sous influence alcoolique ou narcotique se voient retirer leurs permis pour une durée d’au moins 6 mois. Chaque année en France sont recensées, 122 546 condamnations pour conduite en état d’ivresse et 50 100 condamnations pour conduite sous influence narcotique, dont 12 700 suspensions de permis (chiffres 2010).

La restitution du permis n’est pas automatique. Depuis 2003, les médecins conseils des préfectures et sous-préfectures peuvent demander des analyses capillaires et décider sur la base de ces résultats si l’individu peut récupérer son permis.

Quels sont les intérêts de ce type d’analyses et pourquoi ne pas se contenter des analyses urinaires ou sanguines traditionnelles ?

Les analyses salivaires, urinaires et sanguines souffrent de limites manifestes. En effets, si le test salivaire et l’éthylotest sont les plus appropriés pour savoir si un automobiliste conduit en état d’ébriété (alcoolique ou narcotique), ils ne servent à rien pour attester de l’abstinence exigée du conducteur pour récupérer son permis. Les résultats de ces tests ne font qu’illustrer une consommation plus ou moins récente. Ces tests sont donc  adaptés pour attester d’un flagrant délit de conduite sous influence, mais pas d’une abstinence durable.

Dans le cas d’une suspension de permis consécutive à un usage de stupéfiants et/ou d’alcool, les analyses sur matrice urinaire, salivaire et sanguine ne rendent absolument pas compte d’un sevrage ou des habitudes réelles de consommation sur le long terme du conducteur. Or, c’est bien cela que la Justice cherche à déterminer avant d’autoriser un contrevenant à reprendre le volant. L’analyse capillaire permet quant à elle d’avoir une lecture des antécédents de consommation au cours des derniers mois. En d’autres termes, le test capillaire peut attester que le conducteur n’a rien consommé au cours des derniers mois ou a contrario, qu’il n’a pas respecté les consignes d’abstinence imposées par le juge.

En France, le premier cas de restitution de permis après analyse capillaire remonte à 2006 en Haute Vienne. Depuis, une vingtaine d’analyses de ce type ont été demandées par la Justice chaque année.

Le test capillaire, comment ça marche ?

Les cheveux naissent sous la peau au niveau du bulbe, irrigués par des vaisseaux sanguins. Lors d’une consommation de drogues ou d’alcool, le sang va se charger de molécules correspondant à ces produits, et ira les déposer à la racine des cheveux, où elles y seront incorporées. Tout au long de sa pousse, les cheveux conserveront ces molécules.

Le cheveu est donc une véritable « carte mémoire » biologique, permettant de retracer l’historique de consommation d’un individu, en reflétant la présence de drogues ou d’alcool dans le sang à différents moments.

Rappelons que 1cm de cheveux correspond à un mois de pousse. Un prélèvement capillaire se fait généralement sur les 3 derniers centimètres, ce qui signifie que l’analyse pourra déceler n’importe quelle consommation au cours des trois derniers mois. Les cheveux peuvent aussi être fractionnés en 3 segments de 1cm de long, afin de suivre mois par mois les habitudes de consommation d’un individu.

Avec cette analyse, plus aucun moyen de tricher, ni de stopper net sa consommation quelques jours avant l’examen, comme c’était encore possible avec les tests urinaires et sanguins, qui ne permettaient une lecture que sur les 24 à 72 dernières heures (sauf pour la cannabis, dont la fenêtre de dépistage est plus longue).

On comprend dés lors beaucoup mieux pourquoi l’analyse capillaire est de plus en plus utilisée. Elle seule permet de rendre compte d’une période d’abstinence ou d’un sevrage sur le long-terme. Elle est de plus infalsifiable.

Les seules limitations de cette analyse sont son coût élevé et le fait qu’il y a peu de laboratoires en France à même de la réaliser. Il est par exemple impensable d’en faire la demande auprès de votre petit laboratoire d’analyse de quartier, qui en serait bien incapable.

Se dirige-t-on vers une généralisation de ce type d’analyses pour les restitutions de permis ?

Non, ou du moins pas encore. En effets, le budget de l’Etat est très limité. S’il devait exiger cette analyse pour les 12 700 suppressions de permis chaque année, il lui en coûterait la bagatelle de plus d’1,5 millions d’euros.

Seuls les récidivistes ou les personnes chez qui l’expert a décelé une véritable addiction se voient demander cet examen.

Néanmoins, de plus en plus de laboratoires font le choix de se diversifier dans l’analyse capillaire. En nombre croissant, la concurrence finira par faire baisser le coût de ces prestations. Lorsqu’un test capillaire coûtera le même prix qu’une analyse sanguine ou urinaire, il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’elle puisse devenir l’analyse de référence.

Carl.

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