Nouvelle campagne sur le rôle des parents et de l’entourage dans la prévention de l’usage de drogues

28 décembre 2010Carl (Admin) Commentaires fermés

Lors des Assises de la parentalité et de la prévention, organisées par la MILDT en mai 2010, les experts (épidémiologistes, psychiatres, pédagogues, philosophes, juristes, etc.) ont confirmé la nécessité de conforter les parents et l’entourage dans leur rôle en matière de prévention des conduites à risques chez les adolescents. C’est précisément l’axe suivi par cette nouvelle campagne de communication, qui cherche à expliquer aux parents et adultes, mais aussi aux acteurs de la prévention contre la drogue, que de multiples facteurs peuvent intervenir dans la consommation de substances psycho-actives (cannabis, cocaïne, ecstasy, etc.) à l’adolescence. Parmi ces facteurs, nombreux sont ceux qui relèvent de la sphère familiale (interaction parents-enfants, manque d’information, etc.)

Cette campagne constitue le dernier volet de communication du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011, et s’inscrit dans un dispositif qui comportait trois phases.

La première campagne, intitulée « Drogues : ne fermons pas les yeux », diffusée en septembre 2009, rappelait la dangerosité de leur usage. Le spot TV avait pour objectif de montrer qu’en dépit de la banalisation de leur image, les drogues restent des produits dangereux. Ce spot mettait montrait notamment des situations nourrissant l’imagerie populaire sur les drogues (scènes de convivialité, unes de magazines, images télévisées, etc.), avec des scènes illustrant les risques, afin de les rendre plus concrets (accidents, précarité, parents désemparés, etc.).

Le deuxième volet mené par la MILDT en novembre 2009, « La drogue si c’est illégal, ce n’est pas par hasard », revenait sur le cadre légal en matière de drogues et de vente d’alcool au mineur. Trois spots TV ont été diffusés. Il s’agissait de lutter contre l’idée reçue selon laquelle consommer de la drogue est une affaire personnelle, en montrant qu’au-delà des dégâts sanitaires qu’elle peut causer, cette consommation n’est pas exempte de conséquences sociales, ni pour soi, ni pour les autres.

La dernière campagne, actuellement diffusée, a pour but de sensibiliser et informer les parents de jeunes consommateurs sur les dangers de ces substances illicites, et sur les aides et structures de soutien mis à leur disposition pour prendre les devants, afin d’aider leurs enfants pris dans la tourmente de la drogue.

De toute évidence, il s’agit là d’une très bonne initiative, car ce sont les parents qui sont en première ligne face à la consommation de stupéfiants de leurs adolescents. C’est donc les parents qui doivent être le mieux informés sur les dangers des drogues. Faire de la prévention directe auprès des jeunes dans les écoles ou sur les canaux traditionnels de communication (télévision, spots radio, affiches) est un élément incontournable, et illustre la volonté du gouvernement de lutter contre les drogues, mais ce n’est pas suffisant. Il fallait y inclure les parents -gardiens du Temple- afin de les mobiliser. A la maison, la drogue est trop souvent un sujet tabou et cette nouvelle campagne de prévention est -à mon sens- de loin la plus pertinente pour freiner la consommation des jeunes, qui une fois sortis du nid familial, sont livrés à eux-mêmes, sans contrôle possible de la part des parents.

Que nous montrent ces trois spots ? Trois vidéos mettant en scène trois différents protagonistes en proie à des problèmes différents. Le premier spot nous présente une mère dont la fille fume du cannabis. Le second nous montre un adolescent, visiblement consommateur occasionnel de cocaïne, dont les parents et l’entourage ne savent trouver les mots justes pour l’aider. Le troisième spot, quant à lui, met en scène un jeune adolescent qui s’est vu proposer de l’ecstasy, mais qui a su dire non grâce aux bons conseils que lui avait prodigué son prof de sport.

A la lumière de ces trois différentes histoires, la stratégie et les priorités de la MILDT apparaissent clairement. Le premier fléau à endiguer est donc le cannabis ; je vous rappelle que près d’un demi millions de français fument quotidiennement et que cette drogue a atteint un niveau de banalisation encore jamais vu. Le second spot parle avec pertinence de l’image de la cocaïne chez les jeunes. Pour les parents, il est dur d’imaginer son  enfant prendre de la cocaïne et les signes révélateurs de sa consommation leur sont inconnus. Pourtant, la cocaïne est en plein boom en France depuis plusieurs années. Cette drogue bénéficie d’une image « cool » et il n’est pas rare de la voir consommée par des élèves de première ou de terminale lors des soirées du samedi soir. Une fois cette mauvaise habitude prise, même avec un gramme  contenant seulement 5% de cocaïne, il devient très difficile de s’en défaire et d’apprécier une soirée « sans ». J’aimerais également porter à votre intention que ce sont les jeunes consommateurs -en raison de leur manque d’expérience- qui se font le plus souvent « servir » des cocaïnes frelatées, coupées à des produits aussi trompeurs que dangereux. Le dernier clip vidéo est selon moi le plus discutable, car il parle d’ecstasy. Discutable, pour deux raisons : premièrement, l’ecstasy n’est pas une drogue très répandue chez les mineurs et sa consommation reste l’apanage d’un public plus âgé, plus expérimenté et surtout très « fêtard ». D’autre part, les comprimés d’ecstasy auxquels ce spot fait allusion sont de moins en moins répandus dans l’Hexagone. Aujourd’hui, l’ecstasy s’appelle «  MD » (MDMA), et la plupart des jeunes la connaissent sous ce nom, mais beaucoup ignorent qu’il s’agit de la même molécule que celle que contient l’ecstasy. Il aurait à mon sens été préférable de cibler dans ce dernier spot une autre drogue, plus actuelle et plus addictive, comme l’amphétamine ou les nouvelles drogues de synthèse mises en vente sur internet, comme la méphédrone.

Mais mes réserves quant à la stratégie choisie par la MILDT ne sauraient altérer mon contentement de voir enfin le gouvernement faire de la prévention pour les parents. Grâce à cette campagne de prévention, de nombreux parents se poseront la question : « et si mon enfant…. ». C’est déjà beaucoup. Reste à savoir si les conseillers de  www.drogues-info-service.fr -qui font déjà un travail remarquable- seront en nombre suffisant et sauront trouver les ressources nécessaires pour accompagner tous ces jeunes et leurs familles. Je pense en effet que si toutes les personnes qui ont un problème d’addiction allaient consulter, il n’y aurait pas assez de structures adaptées pour les accueillir et les guider sur la voie de la guérison, loin de là.

Espérons que cette campagne aura des effets positifs, car force est de constater que les innombrables campagnes de prévention précédentes ne sont pas parvenues à endiguer ce fléau. J’en veux pour preuve la constante augmentation du nombre d’usager en France chaque année.

Carl

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