Pourquoi le GHB est-il si compliqué à dépister?

13 septembre 2013Carl (Admin) Commentaires fermés

Je vais aujourd’hui vous parler d’un des sujets les plus délicats de l’analyse toxicologique : le dépistage du GHB.

Le GHB (gamma-hydroxybutirate) est connu du grand public comme étant la « drogue du violeur », c’est-à-dire un puissant sédatif qui, administré à l’insu de la victime ou sous la menace, permet de la soumettre chimiquement à des fin criminelles (viol, vol, agression, acte de pédophilie, etc.). Cette facette du GHB est véridique. Cependant, cette drogue ne se cantonne pas uniquement aux seuls prédateurs sexuels, loin de là.

Le GHB, c’est d’abord et avant tout une drogue dite « récréative » consommée par des dizaines de milliers de personnes à travers le monde. En France, le phénomène GHB naquit dans les milieux culturistes et gay à la fin des années 1990. En effet, le GHB est un sédatif aux vertus anabolisantes. C’est aussi un puissant aphrodisiaque. Ses effets seraient comparables à ceux de l’alcool et de l’ecstasy. Interdits en France, le GHB et ses principaux précurseurs – le GBL et la 1,4 Butanediol – restent néanmoins facilement accessibles.

Bon marché, cette drogue peut facilement créer une forte dépendance à la fois psychologique et physique. Le sevrage est connu pour être long et douloureux.

Le GHB nourrit nombre de fantasmes dans le petit monde de l’analyse toxicologique. Il a la réputation d’être indétectable dans le sang et dans les urines. C’est en partie vrai.

La demi-vie du GHB est en effet de 30 à 50 minutes, soit encore moins que la durée de ses effets. Tout au plus, les traces de GHB ne resteront détectables dans le sang et dans les urines que 6 à 12 heures (12H dans les urines et 6H dans le sang). Il sera ensuite dégradé en dioxyde de carbone.  Il est dès lors très rare de pouvoir le détecter via une analyse en laboratoire de type GC/MS. Pour ce faire, il faudrait que l’échantillon de sang ou d’urines soit prélevé dans les quelques heures qui suivent la consommation.

Pourquoi n’existe-t-il pas de test rapide de dépistage du GHB dans les urines et la salive ?

Plusieurs éléments de réponse :

1)   Car les traces de GHB sont très vite éliminées par l’organisme. L’intérêt de ces tests rapides s’en trouve de facto limité au vu de ce qu’ils sont censés pouvoir déterminer, à savoir si la personne a consommé du GHB dernièrement (intérêt du test urinaire) ou si elle est encore sous l’influence du GHB (intérêt du test salivaire).

2)   Le GHB ne se métabolise en aucune molécule caractéristique et pérenne dans l’organisme. Lors d’une analyse de GHB, la seule chose que l’on puisse dépister est le GHB dont nous savons qu’il disparaît en quelques heures. Il est donc impossible de rendre compte d’une consommation de GHB en détectant l’un de ses métabolites plus stable, comme c’est le cas avec la cocaïne et son métabolite, la benzoylecgonine.

3)   Car l’organisme sécrète en continu du GHB de manière naturelle. Il s’agit du GHB endogène qui est présent dans l’organisme en faibles quantités. La concentration de GHB induite par une consommation du sédatif correspond quant à elle au GHB exogène. Il est alors tout bonnement impossible pour un test rapide de faire le distinguo entre GHB endogène et exogène, sauf à relever le seuil de détection de l’anticorps du GHB (qui n’a jamais été développé), avec le risque inhérent de ne plus pouvoir identifier quoi ce soit deux à trois heures après la consommation (volontaire ou non).

4)   Enfin, car la communauté scientifique et les fabricants de tests ne voient pas dans ce lourd effort en R&D un juste retour sur investissement. Le GHB consommé à des fins récréative reste largement méconnu et est toujours considéré comme un épiphénomène.

Existe-t-il un moyen fiable de dépister le GHB exogène ?

Oui, une solution existe, celle de l’analyse capillaire. Pour le moment, seuls quelques labos à la pointe de la technologie sont  à mêmes de réaliser cette analyse.

Rappelons ici que les cheveux poussent en moyenne d’un cm par mois. Généralement, les laboratoires d’analyse exigent une petite mèche d’au moins 3 cm de long. Ils peuvent alors remonter l’historique de consommation jusqu’à 3 mois.

Vous me demanderez alors qu’elle est leur méthode pour faire la différence entre le GHB endogène (sécrété naturellement) et exogène (du à une consommation de GHB). La réponse de ne va pas de soi.  Pour ce faire, ils découpent les cheveux en petits segments de 3mm de long (3mm = 10 jours) et analysent chaque segment dont ils comparent la concentration en GHB par rapport au segment précédent. Si, par exemple, il y a eu consommation de GHB il y 5 semaines, l’analyse le révèlera en observant l’augmentation abrupte de la concentration en GHB par rapport aux semaines précédentes et suivantes.

Non seulement cette technique est la seule à pouvoir mettre en évidence la présence de GHB exogène, mais elle permet également d’établir une datation à plus ou moins 10 jours près de la consommation. Cette analyse est précieuse et est notamment utilisée par la Justice de certains pays pour confirmer ou infirmer des cas d’actes criminels par soumissions chimiques. Il est toutefois à déplorer que cette analyse reste marginale et inconnue en France.

Seul bémol, cette analyse est excessivement onéreuse et difficile d’accès pour les particuliers. D’ailleurs, la plupart de ces analyses sont réalisées à la demande d’un juge, dans le cadre d’une affaire judiciaire.

Carl

  • Share/Bookmark

Les réactions sont fermées


© 2009-2017 DEPISTAGE-DROGUE.com Tous droits réservés - All Rights Reserved