10% de « faux positifs » aux tests salivaires. Et alors ?

1 octobre 2010Carl (Admin) 1 réaction »

Les récentes conclusions de l’Académie Nationale de Pharmacie faisant suite aux travaux du Docteur Patrick Mura, chef du laboratoire de toxicologie du CHU de Poitier, ont jeté l’opprobre sur les tests salivaires, jugés pas assez fiables. Le test salivaire RapidStat, de la société allemande Mavand, utilisé par la Police et la Gendarmerie lors des contrôles routiers, compterait près de 10% de « faux positifs ». En d’autres termes, un automobiliste sur 10  dépistés positifs ne le serait pas en réalité.

La conclusion du Dr. Patrick Mura sonne alors comme une sentence sans appel :
« le RapidStat présente de bien piètres performances ! »

Voilà un jugement que je trouve personnellement extrêmement sévère, car « 10% de faux positifs » signifie surtout 90% de vrais positifs.

La question que l’on doit alors se poser est de savoir si nous disposons aujourd’hui d’outils plus fiables pour attester de l’état sous influence narcotique des conducteurs. A ma connaissance, aucun autre outil ne permet, pour l’heure, un dépistage immédiat et rapide en bord de route. Certes, certains objecterons à cela que l’on pourrait revenir aux bons vieux tests urinaires; les tests urinaires ont en effet un niveau de fiabilité encore supérieur aux tests salivaires. Il est vrai que cela se faisait il y a encore quelques années, mais c’était absolument ingérable, car un test urinaire nécessite la présence d’un médecin et l’utilisation de sanitaires ou d’un véhicule aménagé. Cette méthode est donc bien trop contraignante pour être généralisée dans le cadre de la lutte contre la délinquance routière. Par ailleurs, les tests urinaires ne répondent pas à l’impératif immédiat des policiers dans le cadre de contrôles routiers, à savoir juger si le conducteur est en état de conduire. La présence de stupéfiant dans les urines est détectable plusieurs jours, voire plusieurs mois dans le cas du cannabis. L’automobiliste pourrait se retrouver en infraction alors que les effets psychotropes du stupéfiant ont disparu depuis des jours. Avouez qu’il s’agit là d’un problème de taille. Malgré ses imperfections, le dépistage salivaire est donc le seul moyen dont nous disposons actuellement pour dissuader et sanctionner la conduite sous l’empire de stupéfiants.

D’autre part, il est nécessaire de rappeler que tous les tests salivaires positifs pratiqués par la Police donnent systématiquement lieu à une vérification par analyse sanguine (GC/MS) à l’hôpital, dont les marges d’erreur sont infinitésimales. En bref,  les victimes des « faux positifs » risquent tout au plus un petit voyage à l’hôpital, une prise de sang, et 3 jours de suspension de permis en attendant les résultats du laboratoire. Navré pour tous les innocents à qui cette mésaventure est arrivée, mais permettez-moi de penser que c’est un moindre mal en comparaison de la nécessité de juguler le fléau de la drogue sur les routes. Car, qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit bien là d’un enjeu national ! Sur la route, le cannabis tue, ainsi que toutes les autres drogues.

Chaque année, 230 personnes meurent sur les routes à cause du cannabis, dont la moitié sont des jeunes de moins de 25 ans. Selon Etienne Apaire, le président de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies (MILDT), lors des « quatre premiers mois  de l’année 2010, 11 105 dépistages de drogue ont été pratiqué avec 37% de positifs ». Ce chiffre est ahurissant ! Quand bien même ces tests ne seraient fiables qu’à 90%, si l’on sort nos calculettes et que l’on soustrait à ce chiffre les 10% de « faux positifs », on voit que cette statistique est de 33%. Un tiers des tests salivaires s’avèrent donc positifs !

Attention, cela ne veut pas dire que 33% des automobilistes français conduisent sous l’emprise de stupéfiants car, hormis quelques grands coups de râteau ponctuels menés aléatoirement et sans distinction sur l’ensemble des conducteurs, ces tests sont pour la plupart pratiqués sur des personnes ayant commis une infraction au code de la route ou s’il existe des raisons légitimes de douter de la sobriété du conducteur. Ces tests de dépistage ne sont donc pas automatiquement pratiqués chez tous les automobilistes (heureusement, d’ailleurs, étant donné le prix du RapidStat, qui s’élève quand même à près de 23 euros pièce aux frais du contribuable).

Sur l’année 2009, 65 000 tests salivaires ont été pratiqués, dont 35% étaient positifs. En soustrayant les 10% de « faux positifs », on se rend compte que sur la seule année 2009, plus de 20 000 automobilistes conduisaient sous l’empire de stupéfiants et ont été mis hors d’état de nuire.

Pour un test de « piètre qualité », ce résultat semble ainsi plus qu’honorable. Le service rendu à l’ensemble des automobilistes se révèle même inestimable. Combien de vies sauvées grâce à au test salivaire ? Heureusement, nous ne le saurons jamais.

Considérant de telles statistiques, qui oserait clamer que les 10% de « faux positifs » seraient une raison suffisante pour jeter aux oubliettes les tests de dépistage salivaires, qui faut-il encore le rappeler, sont les seuls tests applicables dans la pratique ? La plupart des Etats qui luttent contre la drogue au volant ont déjà adopté le test salivaire comme mode de dépistage et certains pays les pratiquent depuis bien plus longtemps que la France ; c’est dire s’il y a un consensus international sur le sujet.

Signalons d’ailleurs qu’aujourd’hui, 1er octobre 2010, les tests salivaires entrent officiellement en action sur les routes de Belgique. Les policiers belges utilisent dorénavant le DrugWipe de Securetec. Celui-ci ne serait efficace « qu’à » 89%, selon l’Institut National belge de Criminalistique et de Criminologie (INCC). Le gouvernement belge lance donc ces dépistages en toute connaissance de cause, ce qui ne semble vraiment pas le traumatiser. Ce n’est pas étonnant, car cette marge d’erreur de 11% ne fait objectivement pas le poids face au bénéfice en matière de sécurité routière.

Voilà donc la raison d’être de ce billet : je trouve assez déplacée et contre-productive cette façon de jeter le discrédit sur le test salivaire utilisé par la police française, de ne mettre en exergue que ses défauts, alors que ceux-ci sont bien peu de choses au regard des services rendus et du nombre de vies sauvées. Grâce à ces tests, c’est la sécurité de tous qui s’est améliorée, depuis leur mise en service en 2008, en évinçant des routes les conducteurs irresponsables et en dissuadant ceux qui seraient tentés de conduire alors qu’ils ne sont plus capables de réciter leur table de 5 sans faire une erreur.

Les travaux du Docteur Mura sont néanmoins bénéfiques dans la mesure où ils pousseront certainement les fabricants de tests salivaires à innover, affiner leurs produits, et expliciter leurs manuels d’utilisation. Les tests salivaires de dépistage  de stupéfiants sont indéniablement perfectibles et il incombe à leurs fabricants de les rendre plus fiables, mais pour l’heure, tachons de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Carl.

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1 réaction sur ce sujet

  • De Martine :

    Voila un article pertinent et courageux, tous ce qui peut réduire la violence routière même qu’a 90% doit être généralisé.
    J’aimerai que les diagnostiques des toubibs qui critiquent ces tests, soit eux aussi, fiables a 90%.


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